Alors que la gros de la flotte de la Transat 6.50 se débat dans le marasme du pot au noir, Aurélien Ducroz a été contraint à l’abandon dimanche 23 octobre après un retour forcé à Mindelo, l’ile du Cap Vert où il avait effectué la réparation de son safran il y a 2 jours. A peine 100 milles après sa reprise de course en direction de Bahia, Aurélien a constaté une nouvelle rupture de ferrure de safran à laquelle s’ajoutaient des dégâts importants sur son tableau arrière le forçant à faire demi-tour.
La Transat 2011 s’arrête prématurément pour Aurélien et le Nissan 417 non sans avoir démontré que le défi Latitude neige/Longitude Mer est mené par un free-skippeur talentueux, qui se projette déjà dans de futurs projets voile et ski.
Contraint de déclarer forfait : un abandon raisonné
35 nœuds de vent à négocier au près et sans pilote, une véritable épreuve dont Aurélien est venu à bout après 24h passé à la barre. « Dans ces conditions, il était impossible de lâcher une seconde les commandes. Je voyais le moment où j’allais démâter, je suis arrivé exténué, vraiment ! Là, une nouvelle déception m’attendait : dimanche impossible de trouver une quelconque solution pour réparer. Les heures ont tourné m’amenant inexorablement vers l’obligation d’abandonner compte tenu de la difficulté d’effectuer ce type de réparation à Mindelo et nous ne disposons que de 72 heures à terre. C’est aussi un départ hors du dispositif de sécurité de la Transat qui m’a conduit à cette décision. Je n’ai pas l’habitude de prendre des risques inconsidérés en montagne, je garde cette ligne de conduite en mer. »
Mer et compétition : la dure loi de la mécanique
« Je suis extrêmement déçu et frustré car cette transatlantique était en moi depuis deux ans jour et nuit, et me voir contraint à l’arrêt pour des problèmes techniques n’est pas habituel pour moi ! Lorsque je suis reparti du Cap Vert j’étais éreinté par ces deux jours de réparation mais tellement heureux d’être reparti. Evidemment j’étais déçu de ne plus être dans la course car j’avais vraiment vu que ce soit sur la première ou la deuxième étape, que je deviens vraiment performant après plusieurs heures en mer lorsque la précision des manœuvres laisse la place à la régularité et à la gestion de la fatigue, des trajectoires, … Bref je sentais que j’étais dans le match ! Maintenant je concentre mon énergie à trouver un moyen de rapatrier mon bateau… je vais mettre un peu de temps à digérer cet abandon même si tout le monde me répète que dans la vie d’un marin ce n’est qu’une péripétie. »
La Transat 6.50 : un cap dans l’aventure d’Aurélien
David Sineau, coach d’Aurélien sur la Transat 6.50, second de la Transat 6.50 en 2007 : « Les conditions de cette Transat 2011 étaient particulièrement rudes pour l’ensemble de la flotte, il y a eu 12 abandons depuis le début (77 skippers) dont un des leader Sébastien Rogue. Il y a une part de chance pour arriver au bout d’une course aussi longue et Aurélien en a manqué en tapant l’un après l’autre ses safrans qui sont les parties les plus fragiles des Minis et leur véritable point faible. On peut d’ailleurs se poser la question de l’état de nos mers ou flottent désormais toutes sortes d’objets… Pour avoir suivi Aurélien sur toute sa préparation, il a clairement franchi un cap en terme de navigation et démontré son potentiel. Sur la 1ère partie de course il a honorablement pris la 14ème place et s’est montré talentueux dans une difficile seconde partie où il a su gérer des réparations à bord : monter au sommet du mat pour décoincer une drisse,… puis remonter à la 17ème place du classement. Aurélien vit aujourd’hui une grosse déception mais il n’y a aucun marin qui n’ait pas essuyé de panne mécanique. Quelques minutes après avoir déclaré forfait, Aurélien me parlait déjà de la Transat Québec/St Malo ! »
LATITUDE NEIGE / LONGITUDE MER : l’aventure est en marche…
Bien qu’il ne soit pas allé au bout de cette transat, Aurélien a montré que son défi était à la hauteur de ses capacités. En moins de deux ans il s’est qualifié pour la Transat 6.50 l’épreuve majeure de la classe et a fait très bonne figure parmi les marins d’expérience qui concouraient dans la catégorie Proto (et sur le bateau le plus ancien de la flotte) en terminant 14ème de la première étape (allant même jusqu’à entrer dans le cercle très fermé des 10 premiers). Ses problèmes techniques sont survenus alors qu’il effectuait une remontée spectaculaire lors de la 2ème étape qui s’est brutalement stoppée à la 17ème place. Même sa capacité à rentrer au port à 2 reprises, privé d’un safran, puis d’un safran et d’un pilote, et dans des conditions de mer et de météo très compliquées, prouve qu’il a désormais le bagage technique qui fait de lui un « vrai » marin.
« La voile est un sport mécanique » commentait Laurent Voiron élu marin de l’année en 2002 qui suit le projet d’Aurélien depuis les prémisses. « C’est cela qu’Aurélien aura sans doute intégré avec cet abandon. Avec l’expérience on apprend à adopter totalement ce paramètre, à minimiser les risques et à l’accepter lorsqu’on en est victime. »
Aurélien a désormais les yeux tournés vers sa saison de ski (1ère étape de la Coupe du Monde de ski Freeride le 21 janvier à Chamonix) mais nourrit déjà la volonté comme il l’avait annoncé avant son départ de naviguer en Class 40 !