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Les Mod70 attendus ce lundi à Itajaí

par Quentin Mayerat

Rien n’arrête les deux MOD70 qui poursuivent leur cavalcade vers Itajaí. Sébastien Josse et Charles Caudrelier (Edmond de Rothschild) semblent en position de force face à Sidney Gavignet et Damian Foxall (Oman Air – Musandam). Mais alors que la fatigue s’accumule et que la fin de parcours s’annonce complexe, rien ne sera joué avant la ligne d’arrivée. Verdict à la mi-journée. Et pendant ce temps, en IMOCA, MACIF et PRB se livrent un incroyable duel à vue ; les deux premiers Multi 50 naviguent dans l’hémisphère sud et les Class40 profitent des alizés en attendant le Pot au Noir.
Avant le départ de la 11ème Transat Jacques Vabre au Havre, ils prévoyaient 12 à 14 jours pour boucler les 5 450 milles à destination d’Itajaí. Les deux MOD70 sont en passe de bousculer tous les paris. Edmond de Rothschild et Oman Air – Musandam devraient en finir ce lundi en milieu de journée (heure française), après un peu plus de 11 jours de course. Ahurissant ! Sébastien Josse et Charles Caudrelier abordent le dernier sprint avec maîtrise. Mais avec une météo incertaine, la prudence reste de mise. D’autant que l’on peut compter sur Sidney Gavignet et Damian Foxall pour exploiter la moindre faille. Les quatre marins arriveront sans doute extrêmement fatigués au Brésil tant ils ont poussé leurs machines initialement conçues, rappelons-le, pour des équipages de six personnes. La belle fête qui se prépare sera une juste récompense de leurs efforts.

Duel à vue en IMOCA
Du côté des IMOCA, la tête de flotte s’est extirpée du Pot au Noir. MACIF (François Gabart/Michel Desjoyeaux) et PRB (Vincent Riou/Jean Le Cam) ne se quittent plus. « Nous sommes à vue avec Macif à un mille d’écart. On voit ses feux. On devine sa silhouette dans la pleine lune », racontait en vacation Jean Le Cam. En retard au moment d’aborder la zone de convergence intertropicale, le duo de PRB a donc réussi à revenir au contact. Un nouveau départ en IMOCA ! Maître CoQ (Jérémie Beyou/Christopher Pratt) est légèrement décroché mais reste en embuscade. Et à plus de 2 000 milles de l’arrivée, Safran (Marc Guillemot/Pascal Bidégorry) et Cheminées Poujoulat (Bernard Stamm/Philippe Legros) n’ont pas non plus dit leurs derniers mots, loin de là.

En Multi 50, FenêtréA Cardinal (Erwan Le Roux/Yann Eliès) conserve les commandes devant Actual (Yves Le Blévec/Kito de Pavant). Ces deux duos naviguent désormais « la tête à l’envers » puisqu’ils ont franchi l’équateur dimanche en début de soirée. Ils sont partis pour une course de vitesse jusqu’au Cabo Frio, près de Rio de Janeiro. S’engagera alors un final complexe jusqu’à Itajaí. « Il y aura des coups à jouer, tout reste possible ! » prévient Yves Le Blévec. 500 milles derrière, Rennes Métropole / Saint Malo Agglomération (Gilles Lamiré/Andrea Mura) sort du Pot au Noir. Quant à Vers un monde sans sida (Erik Nigon/Samy Villeneuve), il va y entrer…

En Class40, derrière GDF SUEZ et Mare, la meute des chasseurs (SNCF-Geodis, Tales Santander 2014, Campagne de France, Watt & Sea, ERDF des pieds et des mains, Vaquita et Groupe Picoty) se tient en 20 petits milles. Calés dans les alizés, les Class40 vont négocier le passage du Cap-Vert avant d’attaquer à leur tour un gros morceau : le Pot au Noir. Une zone dans laquelle même les meilleurs peuvent se faire piéger… Le spectacle et le suspense sont donc au rendez-vous dans toutes les classes dans cette 11ème Transat Jacques Vabre.

Ils ont dit :

Charles Caudrelier, co-skipper d’Edmond de Rothschild (MOD70) :
« L’arrivée est assez proche en temps, mais c’est un peu compliqué, la météo n’est pas excellente. Il n’y a pas beaucoup de vent et nous attendons une transition demain. Le modèle météo est un peu perdu. Et même si on a une belle avance, ce n’est jamais fini. Itajaí j’y suis déjà allé : il y a du vent… ou pas ! Les conditions sont calmes, donc on se repose au mieux pour gérer cette fin de parcours complexe. Nous essayons de nous préserver. Ces bateaux sont performants, la météo était bonne et du coup tout s’est bien passé en double. Ces bateaux sont fabuleux, ils vont deux fois plus vite que les autres. Nous avions prévu un temps de parcours de 12 jours au mieux. Mais nous avons globalement rencontré des conditions propices à la performance : de bons vents, pas trop de mer, de bons enchaînements avec, parfois, des moyennes à 30 nœuds. Avec Sébastien, nous nous connaissons bien, nous avons bien navigué, sans faire de bêtise, du moins pas pour le moment. On est crevé, on ne s’arrête jamais car l’erreur n’est pas permise sur ces bateaux. Tu ne lâches pas la barre quand tu es de quart, même pas pour boire un café. C’est tout le temps de la conduite, car tu ne peux pas aller à fond la caisse avec le pilote. Parfois on alterne toutes les heures. On a bien tiré sur le bateau. Une frayeur ? Quand on a vu Oman Air – Musandam revenir. »

Jean Le Cam, co-skipper de PRB (IMOCA) :
« Nous sommes à vue avec Macif qui est à 1 mille. On voit ses feux, on devine sa silhouette dans la pleine lune. Quand les bateaux sont proches, on est sur les réglages et sur les vitesses. Donc voir MACIF à côté, c’est super intéressant. Les conditions sont fabuleuses : 15 nœuds au reaching avec la pleine lune et plus un nuage. Nous sommes bien sortis du Pot au Noir, en reprenant des milles sur MACIF. Et en plus, cela devrait repartir par devant. On a passé le Pot au Noir rapidement : 25 nœuds à fond la caisse, sauf un coup où nous nous sommes arrêtés deux heures. Le vent devrait se renforcer et adonner : la cadence va s’accélérer et on pourrait arriver à Itajaí dimanche. Cette descente de l’Atlantique Nord a été hyper rapide, nous n’étions jamais en dessous de 15 nœuds. »

Yves Le Blévec, skipper d’Actual (Multi 50)
« Nous sommes la tête à l’envers. La première fois dans la vie de marin, c’est important, c’est une tradition, mais aujourd’hui dans notre quotidien, ça ne change rien. J’ai dû passer l’équateur une dizaine de fois entre les transats, les Trophées Jules Verne et les divers convoyages. Le Pot au Noir s’est très bien passé pour nous. On rentré vite avec un vent soutenu en espérant que cela allait se maintenir, puis ça s’est arrêté un moment. Nous sommes toujours dans le match. En multi, les écarts se font et se défont très rapidement et dans trois jours, nous allons entrer dans une zone compliquée entre le Cabo Frio et l’arrivée : il y aura probablement des coups à jouer, donc tout est possible. On n’attend pas grand-chose jusqu’au Cabo Frio, juste bien naviguer et ne pas faire de bêtise. Pour le moment, nous naviguons à 18 nœuds de moyenne avec des pointes à 20-22 nœuds. Ça va bien à bord, nous n’avons pas le temps de faire un check complet du bateau, mais nous n’avons aucun problème majeur, juste des petites bricoles. »

Fabien Delahaye, co-skipper de GDF SUEZ (Class40) :
« Le vent est rentré, nous sommes au portant avec des pointes à 13-14 nœuds. Ça se passe très bien, une vraie journée de soleil, on en profite pour tout faire sécher. On prend un rythme régulier. Pas de grosse pression sportive car nous avons un peu de marge sur nos concurrents. Pour le passage des îles du Cap-Vert, on envisageait des scénarii à chaque fichier météo : a priori nous passerons par l’Ouest. Le Pot au Noir, c’est pour bientôt : nous cherchons un passage intéressant. Arrivé dans cette zone, le vent va mollir, il y aura des grains. Il faudra être opportuniste. Nous essayons de nous reposer pour être en forme pour le Pot au Noir. Même si nous trouvons le meilleur passage, nous ne sommes pas à l’abri de tomber dans un grain. Nous serons tous les deux sur le pont pour les manœuvres, A la sortie du Pot au Noir, ce sera moins physique, donc on se reposera à nouveau. »

Goulven Royer (Class40’ Eärwen)

« Nous avons traversé l’archipel des Canaries hier en fin de journée sur un seul bord entre Gran Canaria et Tenerife avec de l’air accéléré par l’effet Venturi entre les îles, et nous avons attrapé au passage un poisson volant dans le cockpit. Les îles n’étaient malheureusement pas visibles avant le coucher du soleil du fait d’une couverture nuageuse et brumeuse épaisse. Nous nous sommes rattrapés la nuit tombée avec les illuminations de Santa Cruz et de toute la côte. A la suite du refus au Sud de Tenerife, nous avons empanné prudemment dans 25 nœuds de vent. Depuis, c’est parti pour le Cap-Vert et le Pot au Noir en visant les vents plus soutenus à cette longitude. Pas fâché de faire cinq nœuds de plus que les leaders ! »

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